Interview d’Aviram Rozin, fondateur de l’ONG Sadhana Forest

Restauration des écosystèmes & Biodiversité

Terres arides, incultivables, familles en état d’insécurité alimentaire. Comment ramener la vie sur ces sols durs et secs comme la pierre, lorsqu’on ne sait même pas par où commencer ? L’idéal serait d’avoir un magicien des sols, assez fou pour s’installer sur ces aires désertiques et apprendre aux populations comment y recréer des forêts pour se nourrir. C’est justement la mission de Sadhana Forest, une ONG de reforestation forte de plusieurs milliers de volontaires à travers le monde, qui œuvre depuis 15 ans à restaurer la forêt et la résilience des communautés. Rencontre avec Aviram Rozin, fondateur de l’ONG, partenaire de la Maison.ETH, et magicien des sols.

 

Aviram, le meilleur moment pour planter un arbre, c’était il y a vingt ans. Pour quiconque a manqué l’occasion, quel est le second meilleur moment ?

Le second meilleur moment, c’est dès que vous le pouvez. La croissance d’un arbre fait partie de ces processus qui demandent du temps. Or nous avons besoin de reboiser le monde dès que possible car nous sommes arrivés à un point où les effets du réchauffement climatique se matérialisent de plus en plus vite. Si nous ne reboisons pas d’une manière qui corresponde à l’urgence climatique, nous allons au devant de très nombreux ennuis. Ces derniers vont affecter de plus en plus de monde, à commencer par les plus pauvres et les plus démunis.

 

Quel est votre background, et comment l’aventure Sadhana Forest a-t-elle commencé ?

Je suis né et j’ai été élevé en Israël. J’y ai fait mes études universitaires, puis j’ai travaillé dans un hôpital gouvernemental, avant de gérer une entreprise de dispositifs médicaux. En 1998, j’ai voyagé en Inde avec ma femme, et nous sommes tombés amoureux de ce pays. Nous y avons déménagé en 2002 avec notre petite fille, à la recherche d’une activité qui trouve sens à nos yeux. Nous avons alors décidé de commencer un projet de reforestation et nous avons créé Sadhana Forest fin 2003. Dans les jours qui ont suivi, des volontaires ont commencé à nous rejoindre. Et puis nous avons grandi, et à ce jour nous sommes présents dans trois pays.

Qu’est-ce qui vous distingue d’un projet de reforestation traditionnel ?

Il y a plusieurs aspects. Je vais en mentionner quelques-uns.

Premièrement, Sadhana Forest n’est pas uniquement un projet de reforestation : c’est un projet de vie durable. Notre façon de vivre est en totale intégrité avec la forêt, que ce soit à travers notre régime alimentaire (dépourvu d’élevage animal pour ne pas contribuer à la déforestation), que ce soit à travers l’éco-construction (via des matériaux naturels et locaux), la réduction de notre empreinte carbone en général (avec par exemple l’utilisation d’énergie solaire ou éolienne), ou un usage très sobre en eau (environ 40 litres par personne et par jour, tous usages confondus). Sadhana Forest n’est donc pas juste une organisation qui plante des arbres, c’est un mode de vie : une philosophie de la reforestation.

La deuxième spécificité tient à ce que nous sommes une organisation de volontaires, ce qui réduit considérablement nos coûts opérationnels par rapport à d’autres ONG. D’avoir très peu d’employés et une si grande force de travail bénévole nous permet de travailler d’une manière très engagée, avec une qualité de service élevée, pour un coût comparativement dérisoire.

Le troisième aspect qui nous distingue est que notre ONG reste durablement dans toute région où elle s’installe. Nous ne sommes pas un projet de reforestation comme les autres, qui reste sur place un à trois ans, puis déménage sur un autre site. Nous avons des centres permanents en Inde, à Haïti et au Kenya, et nous prévoyons d’y rester au moins vingt à trente ans, probablement beaucoup plus que ça. Pour pérenniser notre présence, nous avons acheté nos terres, installé nos infrastructures nous-mêmes – les clôtures, les puits, les pépinières, l’hébergement pour accueillir nos volontaires et les former – bref, tout ce dont nous avons besoin pour œuvrer de nombreuses années. La communauté voit cela comme un véritable engagement de notre part – parce que nous comprenons que le changement, le véritable changement social, durable, ne se produit pas sur un ou même cinq ans: il faut des décennies pour ça. Ce dont nous avons besoin pour reboiser le monde ne consiste pas seulement à planter plus d’arbres; ce dont nous avons besoin est aussi un changement social en profondeur.

 

Pouvez-vous nous raconter en quoi Sadhana Forest est, de bout en bout, un projet social ?

Comme je l’ai mentionné précédemment, Sadhana Forest travaille avec les populations locales. Pour y parvenir, nous devenons littéralement une partie de la communauté – en achetant un terrain, en s’installant et en vivant sur place de façon permanente, aussi simplement que les populations locales, avec la compréhension que sur la durée, il y a des raisons d’être optimiste. Quand la terre est aride, la vie des gens est difficile et ils sont pessimistes. Ce que nous essayons de faire, c’est de construire un optimisme basé sur notre expérience de la restauration des sols. Notre expérience nous dit qu’en partant d’un terrain très aride, on recrée avec nos techniques une forêt nourricière. Notre optimisme est basé sur cette connaissance-là. Ce que nous essayons de faire alors, c’est d’instiller cet optimisme au sein de la communauté. A travers des histoires qui nous sont arrivées, à travers des photos, l’apprentissage qui a été le nôtre et celui que nous transmettons aujourd’hui, nous rendons la communauté optimiste. Et dès lors qu’elle redevient optimiste, elle devient proactive aussi – et avec cette proactivité, vient le temps de l’action : nous pouvons restaurer la terre, cultiver de la nourriture etc. C’est le sens du changement social auquel nous croyons.

En l’espace de quelques mois, vos techniques de restauration écologique permettent de ressusciter un sol sans vie. Comment accomplissez-vous ce petit miracle ?

Ce petit miracle n’en est pas vraiment un. C’est une technique très précise de conservation des eaux de pluie. Recréer la forêt, particulièrement en milieu aride, requiert avant tout de collecter efficacement chaque goutte de pluie là où elle tombe, sans qu’elle dévale la première pente venue en lessivant le sol avec elle. Il faut bien voir qu’une déclinaison d’un mètre tous les cent mètres suffit à faire s’écouler de l’eau, de sorte que tout sol est virtuellement en pente. C’est pourquoi nous créons sur ces sols, à intervalles réguliers, des petites digues disposées sur des iso-contours, c’est à dire des contours dont chaque point se trouve à la même altitude. Ainsi, lorsque la pluie tombe, elle se répartit uniformément sur l’ensemble du contour, sans verser d’un côté ou de l’autre. Lorsque vous procédez ainsi, le sol est gorgé d’humidité: il y a des petits réservoirs d’eau ici et là, les oiseaux et les rongeurs reviennent en transportant des graines ; et ces dernières, parce qu’il y a de l’eau, ont une chance de germer. Le sol commence à se régénérer naturellement. Ce n’est donc pas un miracle, parce que les miracles marchent de temps à autre seulement : c’est une technique de conservation des eaux de pluie et de régénération de la terre qui fonctionne à chaque fois.


Restoration écologique d’un site en Inde sur une période de 3 mois.


Restauration écologique d’un site haïtien sur une période de 2 ans (les 2 photos sont prises du même point de vue).

 

Une volontaire a dit un jour « puisse-t-il y avoir de nombreuses forêts pour faire grandir les hommes ». En quoi l’expérience vécue est-elle transformatrice ?

Les expériences des volontaires sont transformatrices de tant de façons qu’il est presque difficile de répondre à cette question, mais je vais essayer…

Pour beaucoup de volontaires, Sadhana Forest est d’abord la première expérience de vie au sein de la nature. Quand une moustiquaire est tout ce qui vous sépare des oiseaux, des chacals, des grenouilles et de tout le reste, vous faites vraiment partie de la nature, et ceci déjà est transformateur.

Il y a aussi la question de l’eau : peu de volontaires ont déjà pompé de l’eau d’un puits manuellement, ou l’ont déjà transportée par sceau pour se laver avec. La plupart des volontaires vient d’un environnement où il y a juste besoin d’ouvrir le robinet pour voir l’eau couler. Ils n’ont rien eu à faire pour ça, hormis payer la facture d’eau. Et quand bien même, ils n’ont souvent aucune idée de ce qu’il en a coûté d’acheminer cette eau depuis le sous-sol. Ils savent juste ce que ça leur a coûté à eux.

Cette prise de conscience opère également avec la découverte de l’énergie solaire ou éolienne. Pratiquement aucun de nos volontaires n’en a fait l’expérience auparavant. Et ça devient quelque chose de spécial pour chacun d’eux.

Un autre élément important, c’est que Sadhana Forest est un lieu acceptant chacun tel qu’il est. Il y a très peu voire aucun jugement de formulé à Sadhana Forest : vous pouvez être exactement vous-mêmes. Cela aussi est très transformateur pour les volontaires : cet amour, cette compassion, ce soutien qu’ils reçoivent les uns des autres et se témoignent les uns les autres, c’est une expérience très forte en soi.

Et puis il y a l’opportunité d’interagir avec la communauté locale d’une manière directe, proche, chaleureuse; de passer du temps avec ces gens, chez eux, de découvrir leurs vies. Cela aussi est source de changement pour beaucoup de volontaires, habitués à être des touristes et à seulement interagir avec les gens à travers des services marchands ou touristiques.

Aujourd’hui, Sadhana Forest n’est plus seulement un projet. C’est devenu un modèle réplicable d’éco-villages résilients sur trois continents, avec plus de 1500 volontaires de 50 pays différents chaque année. Sur quoi est fondé ce modèle ?

Notre modèle est basé sur le reboisement de terres privées dans des zones arides où la malnutrition est rampante. Nous estimons que 130 millions de personnes dans le monde disposent d’un lopin de terre autour de leur maison, sans toutefois pouvoir s’en nourrir.

Grâce à nos volontaires, nous aidons quelques-uns de ces 130 millions de personnes, en recréant sur leurs terres des forêts nourricières à base d’arbres indigènes, résistants à la sécheresse. A travers la reforestation, nous contribuons à la sécurité alimentaire des populations, qui en retour contribuent à la reforestation. C’est un modèle assez unique, efficace et viable grâce aux nombreux bénévoles qui nous rejoignent à court et à long terme.

 

La croissance économique est de plus en plus remise en cause comme facteur d’épanouissement humain. La gift economy (économie du don) pratiquée à Sadhana Forest est-elle la démonstration qu’une prospérité sans croissance est non seulement possible mais qu’elle est même heureuse ?

La gift economy est certainement une voie de prospérité, et vous pouvez vous en rendre compte à la manière dont Sadhana Forest est passée en dix ans d’une famille de trois personnes à une organisation internationale présente sur trois pays, où elle œuvre de manière intensive. Dans le paradigme de la gift economy, tout le monde bénéficie de la croissance économique – en particulier ceux qui y sont le moins inclus traditionnellement – et c’est une belle façon d’aider ainsi ceux que la croissance à oubliés.

 

Sadhana Forest est une communauté végane. Quelles raisons motivent cette éthique ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La première est que nous aimons les animaux. Nous aimons tous les animaux – pas seulement les chiens et les chats, mais aussi les vaches, les poulets, les cochons… Nous croyons intimement que tous ces animaux devraient avoir le droit d’exister, de profiter de leur vie, et de ne pas souffrir.

La deuxième raison tient à la reforestation. Notre raison d’être est de restaurer la forêt, d’augmenter son étendue. Comment atteindre cet objectif en consommant de la viande dont l’industrie contribue précisément à la déforestation pour les besoins de l’élevage animal? Il y a une contradiction. Pour être en pleine intégrité avec la reforestation, nous devons regarder tous les aspects de nos vies et de nos actions.

Le régime végétalien a aussi des implications sur la santé : moins de protéines, moins de graisses animales, contribuent à une meilleure santé. Or nous devons être en bonne santé pour aider la forêt.

 

Sadhana Forest est partenaire d’une étude scientifique sur des arbres dits « oxalogéniques ». Quel est l’intérêt de tels arbres ?

Les arbres oxalogéniques ont la propriété de séquestrer le carbone atmosphérique directement dans le sol sous forme de petites pierres calcaire. Lorsque de tels arbres sont coupés ou brûlés, le carbone piégé dans le sol n’est donc pas rejeté dans l’atmosphère : c’est une séquestration permanente, ce qui fait de ces arbres un outil intéressant de lutte contre le réchauffement climatique.

Nous avons étudié un arbre appelé Maya Nut (Brosimum alicastrum) à Haïti. Outre qu’il est oxalogénique, cet arbre produit des noix très nutritives, chacune capable de couvrir les besoins en protéines d’une personne. La reforestation devrait intégrer davantage ces arbres.

 

Que pensez-vous des techniques de reforestation industrielles utilisant des drones ?

Nous devrions utiliser toute technique intéressante au profit de la reforestation. Toutefois, un défi propre aux techniques de reforestation en général est qu’elles ne prennent pas en compte la protection des arbres plantés. Aujourd’hui, aucune forêt ne peut prospérer sans une communauté pour la protéger (des incendies, de la coupe sauvage, du pâturage…). C’est une des raisons pour lesquelles nous recréons des forêts sur des terres privées, pour que les paysans qui y vivent puissent à la fois se nourrir, mais aussi protéger les arbres.

Utiliser des drones (ou d’autres techniques) sur de vastes territoires et reboiser sans prêter attention à la protection des arbres plantés conduira – par exemple dans le cas du pâturage – à produire plus d’aliments pour les animaux, ce qui n’est pas en soi l’objet de la reforestation.

De manière générale, toute méthode de reforestation devrait prendre en compte la situation de terrain, l’aspect culturel, l’économie locale, et non se focaliser sur l’objectif de planter de plus en plus d’arbres sur une seule base technique.

 

Sadhana Forest fait partie de ces ONG dites « grassroots » qui accomplissent des miracles sur le terrain avec des moyens dérisoires. Le paradoxe aujourd’hui est que l’impact est souvent du côté de ces ONG sous le radar. Comment les faire émerger et financer ?

Ce déséquilibre est dû à plusieurs raisons. La première tient à ce que le monde des ONG fonctionne un peu comme celui du business : les gens connaissent davantage les grandes marques que les petites. Lorsqu’ils se disent « j’aimerais faire une donation », ils se rappellent la dernière publicité d’une ONG dans le journal, et lui envoient leur don.

Du reste, les grandes ONG font souvent un excellent travail, et les moyens dont elles disposent leur permettent d’œuvrer dans plusieurs domaines à la fois (par exemple la santé, le développement économique et l’éducation). Cependant, ses spécificités et son expertise ne seront pas au même niveau qu’une petite ONG locale dédiée à une seule activité, mais qui l’accomplit très bien, d’une manière collaborative, avec une forte intégration du staff de l’ONG à la population locale, sans différence de statut social (comme c’est hélas souvent le cas). Une petite ONG vit avec la communauté, connait sa langue, comprend sa culture…

Dans ce contexte, sensibiliser les donateurs à l’efficacité des petites ONG locales aiderait à les faire mieux financer. Ils pourraient alors soutenir plusieurs ONG locales sur une enveloppe globale équivalente à celle d’une grande ONG, pour un cahier des charges équivalent, avec l’avantage comparatif d’un meilleur niveau d’expertise, et aussi un gage d’une plus grande durabilité, dans la mesure où les ONG locales ont par nature un engagement de plus long terme avec leurs communautés. A cet égard, agréger ces petites ONG locales autour de projets d’envergure via une plateforme dédiée, pour présenter le consortium ainsi formé à des bailleurs de fonds serait une initiative précieuse avec un fort impact selon moi.

 

Avec une mission inspirante, une équipe dédiée de volontaires, des techniques à l’état de l’art, Sadhana Forest pourrait être une entreprise rentable dans le domaine de la restauration écologique. Pourtant, Sadhana Forest a fait le choix d’être une ONG, guidée par la notion de service à la communauté. Pour vous qui avez été entrepreneur, comment promouvoir davantage encore la notion de service au cœur de la mission d’une entreprise?

C’est la responsabilité du leader d’entreprise de définir les objectifs. Si ces derniers sont essentiellement motivés par le profit, alors naturellement le devoir de service sera négligé et descendra dans la liste des priorités jusqu’à en sortir.

Lorsqu’un leader d’entreprise prend des décisions stratégiques potentiellement moins profitables financièrement que d’autres mais plus soutenable sur la durée, il montre la voie à ses pairs, et leur apporte un souffle essentiel : l’inspiration.

Ce que j’aime à Sadhana Forest, c’est que nous œuvrons pour être chaque jour plus résilients et soutenables. Si nos communautés saisissent cette inspiration, ça les entraîne avec nous. Si on se repose sur nos lauriers en revanche, si on en reste à ce qu’on sait faire et à la même manière de procéder, la motivation que nous avons suscitée finit par s’en ressentir. Le secret, c’est de repousser jour après jour les limites de notre service à la communauté, afin de mieux incarner l’esprit de ce dernier.

 Aujourd’hui, vous êtes membre du Global Restoration Council, un conseil des sages qui met son aura au service du changement d’échelle des initiatives de restauration. Diriez-vous qu’on est en train de gagner, de perdre la bataille, ou qu’on est à un moment clé ?

Je dirais que nous jouons la partie, et tant que nous jouons de manière créative, nous avons une chance de gagner. Si nous disons que nous sommes en train de perdre, nous pouvons aussi bien arrêter de jouer, et je ne pense pas que ce soit une bonne stratégie.

L’important est de réadapter en permanence notre stratégie de restauration écologique en impliquant davantage encore les gouvernements, les entreprises, les consommateurs. Ces derniers ont un levier économique pour impliquer le monde de l’entreprise et de la finance à soutenir les causes qui leur tiennent à cœur. On voit déjà les prémisses de cette évolution, avec l’intérêt des consommateurs pour des produits issus de filières équitables ou durables.

Je vois une autre priorité, sur le terrain cette fois : c’est d’étendre nos efforts de reforestation des terres publiques aux terres privées. Des centaines de millions d’hectares pourraient être reboisés sur ces dernières, parce que les arbres plantés ainsi sont bien mieux protégés contre le pâturage et la coupe sauvage. Cela peut faire une énorme différence et j’essaie de promouvoir cette idée auprès d’organisations internationales comme le Global Restoration Council ou l’UNCCD (United Nations Convention to Combat Desertification). Les communautés protègent mieux les arbres lorsqu’ils ont été plantés sur leurs terres parce qu’ils en perçoivent directement les bénéfices, et c’est dans cette direction que nous devons avancer.

Pour en savoir plus : sadhanaforest.org / maisoneth.fr/sadhana-forest/

Et jusqu’à ce soir vendredi, vous pouvez également soutenir Sadhana Forest par un don, afin de pérenniser son action au Kenya!

We need you ! 🙂